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Vous êtes plus “bactérie” qu’humain : le choc des chiffres

Vous êtes composé à plus de 50 % de bactéries. Plongée dans l'univers fascinant de votre microbiote.

Combien de bactéries dans le corps humain ?

Vous avez peut-être déjà entendu cette phrase choc : “Vous êtes plus bactérie qu’humain”. Et pour cause : les chiffres donnent le vertige. On estime que notre corps abrite environ 39 000 milliards de bactéries, contre seulement 30 000 milliards de cellules humaines. Autrement dit, les microbes qui vivent en nous représentent plus de la moitié de notre composition corporelle.

Mais attention, il ne s’agit pas d’une invasion silencieuse. Ces bactéries – que l’on appelle collectivement le microbiote – sont essentielles à notre survie. Elles nous aident à digérer, à produire des vitamines, à réguler notre système immunitaire, et même à influencer notre humeur. Loin d’être des intrus, ce sont plutôt des colocataires indispensables.

D’où viennent ces chiffres ?

Pendant longtemps, on croyait que le rapport était de 10 pour 1 (dix bactéries pour une cellule humaine). Mais des études plus récentes, notamment celles menées par le Weizmann Institute of Science, ont revu ces chiffres à la baisse. En 2016, des chercheurs israéliens ont estimé le nombre de cellules humaines à environ 30 000 milliards et celui des bactéries à 39 000 milliards. Le ratio est donc proche de 1,3 pour 1. Certes moins spectaculaire que 10 pour 1, mais cela reste impressionnant.

Où se cachent ces bactéries ?

  • Le côlon : c’est le grand réservoir, avec plus de 70 % des bactéries de notre corps.
  • La peau : chaque centimètre carré abrite des millions de microbes.
  • La bouche : plus de 700 espèces différentes y cohabitent.
  • Les voies respiratoires et urinaires : moins peuplées mais non négligeables.

Cette diversité est une force : plus notre microbiote est varié, meilleure est notre santé générale.

Ce que la science a découvert sur le microbiote

La recherche sur le microbiote a explosé ces dernières années, notamment grâce aux progrès du séquençage génétique. Aujourd’hui, on sait que ces bactéries ne se contentent pas de “vivre” en nous : elles interagissent en permanence avec notre organisme.

Le microbiote intestinal : un deuxième cerveau ?

L’intestin est parfois appelé “deuxième cerveau” car il possède son propre système nerveux, le système nerveux entérique. Mais ce qui fascine les chercheurs, c’est le lien intestin-cerveau : les bactéries intestinales produisent des neurotransmetteurs comme la sérotonine (l’hormone du bonheur) et influencent notre humeur, notre stress et même nos décisions.

Microbiote et maladies

Un déséquilibre du microbiote (appelé dysbiose) est associé à de nombreuses pathologies :

  • Obésité et diabète : certaines bactéries favorisent le stockage des graisses.
  • Maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (Crohn, rectocolite).
  • Allergies et asthme : un microbiote peu diversifié dans l’enfance augmenterait les risques.
  • Dépression et anxiété : des études montrent que la transplantation de microbiote de patients dépressifs à des souris rend ces dernières anxieuses.

Les grands projets de recherche

Le Human Microbiome Project (lancé en 2007 par les NIH) a cartographié le microbiote de centaines de volontaires. Résultat : chaque individu possède un microbiote unique, comme une empreinte digitale. Des projets comme MetaHIT en Europe explorent le lien entre gènes bactériens et santé humaine.

“Nous sommes des super-organismes composés de cellules humaines et microbiennes. Notre santé dépend de cet équilibre.” – Dr. Rob Knight, microbiologiste.

L’erreur commune : confondre nombre et masse

Quand on dit “vous êtes plus bactérie qu’humain”, beaucoup imaginent que les bactéries représentent une part importante de notre poids. C’est une erreur. En réalité, les bactéries sont 1000 fois plus petites que nos cellules. Leur masse totale dans le corps est d’environ 200 grammes, soit le poids d’une petite boîte de conserve.

Autre idée reçue : toutes les bactéries ne sont pas bonnes. Si la majorité est inoffensive ou bénéfique, certaines peuvent causer des infections. Mais le microbiote agit comme une barrière : en occupant le terrain, il empêche les pathogènes de s’installer.

Enfin, on oublie souvent que le microbiote n’est pas fixe. Il évolue avec notre alimentation, notre âge, nos médicaments (surtout les antibiotiques) et notre environnement. Un mode de vie sain (fibres, diversité alimentaire, activité physique) favorise un microbiote riche et équilibré.

Faut-il vraiment dire "plus bactérie qu'humain" ?

L’affirmation “vous êtes plus bactérie qu’humain” est frappante, mais elle mérite d’être nuancée. D’un point de vue génétique, c’est l’inverse : nos cellules humaines contiennent notre ADN, alors que les bactéries ont leur propre génome. On peut donc dire que nous sommes génétiquement très majoritairement humains.

De plus, le rapport exact entre cellules humaines et bactéries est encore débattu. Certains chercheurs estiment que le nombre de globules rouges (qui sont des cellules sans noyau) pourrait faire pencher la balance du côté humain. D’autres incluent les virus et les champignons dans le calcul.

Enfin, parler de “bactérie” sans préciser qu’il s’agit majoritairement de bactéries commensales (inoffensives) peut créer une peur injustifiée. Le terme “microbiote” est plus juste et moins anxiogène.

Alors, faut-il retenir la phrase choc ? Oui, car elle a le mérite de nous rappeler que nous ne sommes pas seuls dans notre corps. Mais il faut l’accompagner d’explications claires pour éviter les malentendus.

Ce qu'il faut retenir

Alors, que retenir de cette cohabitation microbienne ? D’abord, que les chiffres sont éloquents : 39 000 milliards de bactéries pour 30 000 milliards de cellules humaines. Mais au-delà du simple comptage, c’est une véritable révolution dans notre façon de concevoir le corps humain.

Nous sommes des écosystèmes ambulants

Notre corps n’est pas une forteresse close, mais un écosystème complexe où chaque bactérie joue un rôle. Cette vision change la médecine : plutôt que de chercher à éliminer les microbes, on cherche à les équilibrer. Les probiotiques, les prébiotiques, les transplantations fécales sont autant d’outils pour manipuler notre microbiote à des fins thérapeutiques.

Les clés pour un microbiote en bonne santé

  • Mangez des fibres : légumes, fruits, légumineuses, céréales complètes. Les fibres sont le carburant de nos bonnes bactéries.
  • Variez votre alimentation : plus vous mangez d’aliments différents, plus votre microbiote est diversifié.
  • Évitez les antibiotiques inutiles : ils tuent aussi les bonnes bactéries. Ne les prenez que sur prescription médicale.
  • Faites de l’exercice : l’activité physique favorise une flore intestinale riche.
  • Dormez suffisamment : le manque de sommeil perturbe l’équilibre du microbiote.

Une leçon d’humilité

Cette découverte nous rappelle que nous ne sommes pas des individus isolés, mais des super-organismes en symbiose avec des milliards de micro-organismes. Loin d’être une menace, cette cohabitation est une chance : elle nous rend plus résistants, plus adaptables. Alors la prochaine fois que vous vous regarderez dans un miroir, souvenez-vous que vous êtes aussi un peu… bactérie.

“Nous ne sommes pas des individus, mais des communautés.” – Lynn Margulis, biologiste.

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