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Et si « Quand on veut, on peut » n’était qu’un mythe cruel ?

Le célèbre dicton cache une réalité plus complexe : les barrières sociales, la santé et la chance jouent un rôle crucial. Parfois, on veut et on ne...

Une formule séduisante, mais trompeuse

« Quand on veut, on peut. » Ce dicton, on l’a tous entendu. Il sonne comme une promesse : si tu échoues, c’est que tu n’as pas assez voulu. Simple, non ? Pourtant, cette phrase est un piège. Elle nous fait croire que le monde est juste, que tout est une question de volonté. Mais la réalité est bien plus nuancée.

Les limites de la volonté toute-puissante

Imaginez un enfant né dans une famille pauvre, dans un quartier défavorisé, avec une école médiocre et peu de réseaux. Il peut vouloir devenir médecin de toutes ses forces. Mais sans accès à des cours de soutien, sans modèle, sans argent pour les études, ses chances sont infimes. Ce n’est pas un manque de volonté, c’est un mur social.

La santé et la chance : des variables invisibles

Que dire des maladies chroniques, des handicaps, ou de la simple malchance ? Une personne peut travailler trois fois plus qu’une autre et pourtant échouer à cause d’un accident de la vie. La chance – être au bon endroit, au bon moment – joue un rôle énorme dans la réussite. Le mérite seul ne suffit pas.

Ce que la recherche nous apprend sur la méritocratie

Les études en sciences sociales montrent que la mobilité sociale est souvent un mythe. Selon l’OCDE, dans de nombreux pays, le statut social des parents reste le meilleur prédicteur de la réussite des enfants. Aux États-Unis, des chercheurs comme Robert Putnam (Our Kids) montrent que les inégalités d’opportunités se creusent.

Le poids des déterminismes sociaux

  • Capital culturel : L’accès à la culture, aux livres, aux voyages est inégal. Un enfant qui grandit dans un foyer où on lit aura plus de facilité à l’école.
  • Capital social : Les relations, les réseaux professionnels s’héritent. Un stage obtenu « grâce à papa » n’a rien à voir avec le mérite.
  • Capital économique : L’argent permet de payer les meilleures écoles, les cours particuliers, les stages non rémunérés. Sans argent, les portes se ferment.

La psychologie de l’échec

Quand on échoue malgré tous ses efforts, le dicton « tu n’as pas assez voulu » est culpabilisant. Il transforme un problème structurel en faute individuelle. Des études en psychologie sociale montrent que cela peut mener à la dépression ou à l’abandon. On finit par croire qu’on est nul, alors que le système est injuste. Comme le dit le sociologue Pierre Bourdieu, la méritocratie est une « violence symbolique » qui justifie les inégalités.

Ce qu’on oublie trop souvent

On oublie que la volonté n’est pas une ressource infinie. Elle dépend de notre énergie, de notre santé mentale, de notre environnement. Quand on est épuisé par un travail précaire, quand on doit s’occuper de ses parents malades, quand on subit des discriminations, la volonté s’effrite. Ce n’est pas une faiblesse morale, c’est une réaction humaine.

On oublie aussi que tout le monde ne part pas de la même ligne de départ. Dire à quelqu’un « si tu veux, tu peux », c’est comme dire à un coureur avec une cheville cassée : « si tu veux, tu gagnes ». C’est cruel et déconnecté.

Nuance : la volonté compte, mais pas seule

Bien sûr, la volonté peut aider. Elle permet de saisir les opportunités qui se présentent. Mais elle ne peut pas tout.

Note importante

Le vrai message serait : « Quand on veut, on peut… si les conditions sont réunies. » Et si les conditions ne le sont pas, ce n’est pas de votre faute. Il faut arrêter de juger les échecs individuels sans regarder le système. Reconnaître les barrières, c’est déjà un premier pas vers une société plus juste.

Ce qu’il faut retenir

Le dicton « Quand on veut, on peut » est une demi-vérité dangereuse. Il ignore les inégalités réelles et culpabilise ceux qui échouent malgré leurs efforts. Voici les points clés à garder en tête :

Le mérite n’est jamais pur

Notre réussite dépend de facteurs que nous ne contrôlons pas : notre famille, notre lieu de naissance, notre santé, la chance. Personne ne se fait tout seul. Même les plus grands « self-made men » ont bénéficié de circonstances favorables – un prêt, une rencontre, un contexte économique porteur.

L’échec n’est pas une faute morale

Quand vous échouez après avoir tout donné, ce n’est pas parce que vous n’avez pas assez voulu. C’est peut-être parce que le système est truqué. Ne vous laissez pas écraser par la culpabilité. La honte de l’échec est une arme sociale pour maintenir l’ordre établi.

Reconnaître les barrières, c’est agir

Au lieu de répéter ce mantra culpabilisant, nous devons :

  • Reconnaître les privilèges dont nous bénéficions ou non.
  • Exiger des politiques qui réduisent les inégalités : éducation de qualité pour tous, filets de sécurité sociale, lutte contre les discriminations.
  • Soutenir ceux qui luttent, sans les juger.

« La méritocratie est un mythe qui justifie les privilèges des gagnants et accuse les perdants de leur propre malheur. » – Michael Sandel, philosophe.

En fin de compte, la volonté est une force précieuse, mais elle ne peut pas tout. Et c’est libérateur de le reconnaître : parfois, on veut, on essaie, et on ne peut pas. Et ce n’est pas de votre faute. Alors, soyez indulgent avec vous-même et avec les autres. La vie est déjà assez dure sans ce fardeau supplémentaire.

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