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Non, les traumatismes ne sont pas toujours refoulés : une idée reçue à déconstruire

L'idée que tous les traumatismes sont refoulés est une croyance répandue mais fausse. Découvrez pourquoi la mémoire traumatique est bien plus complexe.

Pourquoi l'idée du refoulement systématique des traumatismes est-elle si répandue ?

On entend souvent dire que les souvenirs traumatisants seraient automatiquement refoulés, enfouis dans les profondeurs de notre inconscient. C’est une idée qui a été largement popularisée par la psychanalyse freudienne et reprise dans de nombreux films et séries. Pourtant, les recherches récentes en neurosciences et en psychologie cognitive viennent sérieusement nuancer cette croyance.

Les origines du mythe du refoulement

Le concept de refoulement a été introduit par Sigmund Freud au début du XXe siècle. Selon lui, l’esprit humain aurait la capacité de repousser dans l’inconscient des souvenirs trop douloureux ou menaçants, afin de protéger la conscience. Cette théorie a eu un énorme succès, notamment parce qu’elle offrait une explication séduisante à des troubles psychologiques sans cause apparente.

Aujourd’hui encore, beaucoup de personnes croient que si elles ne se souviennent pas d’un événement traumatique, c’est qu’il a été refoulé. Pourtant, les études scientifiques montrent une réalité bien différente.

Ce que disent les recherches actuelles

Les travaux de psychologues comme Elizabeth Loftus ou Richard McNally ont démontré que la mémoire traumatique fonctionne souvent à l’inverse du refoulement :

  • Les souvenirs traumatisants sont souvent très présents, voire intrusifs. Les personnes souffrant de stress post-traumatique (SSPT) revivent leur traumatisme sous forme de flashbacks, de cauchemars ou de pensées involontaires.
  • L’oubli traumatique existe, mais il est rare. Il peut arriver qu’une personne ne se souvienne pas de certains détails d’un événement extrêmement stressant, mais cela relève plus d’un mécanisme de dissociation ou d’un encodage défaillant que d’un refoulement actif.
  • Les faux souvenirs sont un risque bien réel. Des expériences menées par Loftus ont montré qu’il est possible de faire croire à des personnes qu’elles ont vécu un traumatisme qui n’a jamais eu lieu, simplement en suggérant des souvenirs.

« La mémoire n’est pas un enregistrement parfait, mais une reconstruction influencée par nos croyances, nos émotions et les informations que nous recevons après l’événement. » – Elizabeth Loftus

Que disent les recherches sur la mémoire traumatique ?

La mémoire traumatique est un domaine complexe, où les idées reçues ont la vie dure. Pour mieux comprendre, il faut se tourner vers les études scientifiques qui ont exploré le fonctionnement de la mémoire après un choc psychologique.

Les études sur les survivants de traumatismes

Plusieurs recherches ont suivi des personnes ayant vécu des événements traumatiques avérés, comme des catastrophes naturelles, des agressions ou des accidents graves. Les résultats sont clairs :

  • La grande majorité des victimes se souviennent très bien de leur traumatisme. Par exemple, une étude menée après l’attentat du 11 septembre 2001 a montré que presque tous les survivants avaient des souvenirs vifs et détaillés de l’événement.
  • L’absence de souvenir est l’exception, pas la règle. Dans une méta-analyse portant sur plus de 10 000 personnes, seuls 0 à 5 % des participants présentaient une amnésie complète pour un traumatisme documenté.
  • Les souvenirs traumatiques sont souvent fragmentés. Plutôt que d’être refoulés, ils peuvent être désorganisés, avec des lacunes sur certains détails, mais une forte charge émotionnelle.

Le rôle de la dissociation

Un mécanisme qui peut ressembler au refoulement est la dissociation. Lors d’un événement extrêmement stressant, certaines personnes peuvent se sentir détachées de ce qui se passe, comme si elles regardaient la scène de l’extérieur. Cela peut perturber l’encodage du souvenir, rendant certains détails flous ou inaccessibles. Mais ce n’est pas un refoulement actif : c’est une réaction de survie momentanée.

« La dissociation n’efface pas le souvenir, elle le rend simplement moins cohérent. Avec le temps, des fragments peuvent revenir, mais souvent sous forme de flashbacks émotionnels. » – Bessel van der Kolk, psychiatre spécialiste du trauma

Les faux souvenirs : un piège à éviter

Les recherches d’Elizabeth Loftus ont montré qu’il est possible d’induire de faux souvenirs de traumatismes chez des personnes, simplement en utilisant des techniques de suggestion. Cela a des implications importantes :

  • Des thérapeutes mal formés peuvent, sans le vouloir, créer des souvenirs de traumatismes qui n’ont jamais eu lieu, en insistant sur la recherche de souvenirs refoulés.
  • La mémoire est malléable, et les questions suggestives, les rêves ou les images peuvent altérer nos souvenirs, parfois de manière irréversible.
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Ce qu'on oublie souvent : la mémoire traumatique est diverse

Quand on parle de traumatisme, on a tendance à tout mettre dans le même panier. Pourtant, la mémoire traumatique varie énormément selon les personnes, les événements et le contexte.

Un traumatisme n’est pas un bloc monolithique

Ce qui rend un événement traumatique, ce n’est pas seulement sa nature, mais aussi la façon dont il est vécu. Deux personnes confrontées au même accident peuvent avoir des réactions très différentes :

  • L’une peut développer un SSPT avec des souvenirs intrusifs très précis.
  • L’autre peut ne pas développer de trouble et se souvenir de l’événement de manière plus neutre.
  • Une troisième peut avoir des souvenirs fragmentés, avec des blancs, mais sans que cela soit pathologique.

Cette diversité est normale. La mémoire n’est pas un magnétoscope qui enregistre tout parfaitement. Elle est influencée par notre état émotionnel au moment des faits, par nos expériences passées, par notre personnalité.

L’idée d’un « traumatisme refoulé » peut être dangereuse

Croire que tout traumatisme est forcément refoulé peut avoir des conséquences négatives :

  • Certaines personnes peuvent se sentir anormales parce qu’elles se souviennent très bien de leur traumatisme, alors qu’on leur a dit que le « normal » était de l’oublier.
  • D’autres peuvent passer des années à chercher un traumatisme refoulé qui n’existe pas, en interprétant chaque difficulté comme le signe d’un souvenir caché.
  • Les thérapies basées sur la recherche systématique de souvenirs refoulés peuvent être iatrogènes, c’est-à-dire causer des dommages en créant de faux souvenirs.

Alors, que faut-il retenir ? La mémoire traumatique est complexe

Il serait tout aussi faux de dire que les traumatismes ne sont jamais refoulés. La réalité est plus nuancée.

Quand l’oubli peut survenir

Dans certains cas, des souvenirs traumatiques peuvent être inaccessibles pendant un temps, en particulier :

  • Chez les enfants très jeunes, avant l’acquisition du langage, les souvenirs peuvent être encodés de manière sensorielle et non verbale, ce qui les rend difficiles à rappeler consciemment.
  • Dans les traumatismes répétés et prolongés, comme les abus chroniques, des mécanismes de dissociation peuvent conduire à une amnésie partielle ou totale de certains épisodes.
  • Dans les cas de lésions cérébrales ou de troubles neurologiques, l’oubli peut être d’origine organique.

Mais ces situations sont l’exception, pas la règle. Et même dans ces cas, il ne s’agit pas d’un refoulement actif, mais plutôt d’un défaut d’encodage ou d’un mécanisme de survie.

Une approche équilibrée

La meilleure façon d’aborder la mémoire traumatique est de rester ouvert et critique :

  • Ne pas présupposer qu’un traumatisme est forcément refoulé si la personne ne s’en souvient pas.
  • Ne pas présupposer non plus qu’il n’y a pas eu de traumatisme si la personne a des symptômes.
  • Accompagner chaque personne dans l’exploration de sa propre mémoire, sans imposer de cadre théorique rigide.

Ce qu'il faut retenir : la mémoire traumatique n'est pas un mythe, mais elle est bien plus nuancée qu'on ne le croit

L’idée que tous les traumatismes sont refoulés est une simplification excessive qui ne résiste pas à l’épreuve des faits. Les recherches en psychologie et en neurosciences nous montrent une réalité bien plus complexe et nuancée. Voici les points essentiels à garder en mémoire :

1. Les souvenirs traumatiques sont le plus souvent très présents

Contrairement à la croyance populaire, la majorité des personnes ayant vécu un traumatisme s’en souviennent très bien, parfois trop bien. Les flashbacks, les cauchemars et les pensées intrusives sont la règle, non l’exception. Le trouble de stress post-traumatique (SSPT) se caractérise justement par une répétition involontaire du souvenir, pas par son absence.

2. L’oubli traumatique existe, mais il est rare et souvent partiel

Il peut arriver que certains détails d’un événement traumatique soient flous ou inaccessibles, surtout si l’événement a été très bref ou si la personne était en état de dissociation. Cependant, un oubli complet et durable d’un traumatisme avéré est un phénomène rare, qui concerne moins de 5 % des cas documentés.

3. Le refoulement comme mécanisme actif est remis en question

Le concept freudien de refoulement, qui suppose que l’esprit repousse activement des souvenirs dans l’inconscient, n’est pas soutenu par les données scientifiques actuelles. Les mécanismes en jeu sont plutôt :

  • La dissociation : une perturbation temporaire de l’intégration des souvenirs lors de l’encodage.
  • L’évitement cognitif : une stratégie consciente ou inconsciente pour ne pas penser au traumatisme, mais qui n’efface pas le souvenir.
  • L’oubli normal : comme tout souvenir, les détails d’un traumatisme peuvent s’estomper avec le temps, surtout si l’événement n’est pas répété.

4. Attention aux faux souvenirs

La malléabilité de la mémoire est un fait bien établi. Des techniques suggestives peuvent conduire à la création de faux souvenirs de traumatismes, avec des conséquences dramatiques pour les personnes concernées et leur entourage. Il est donc crucial d’adopter une approche prudente et respectueuse dans le cadre thérapeutique.

5. Chaque traumatisme est unique

Il n’existe pas de « bonne » façon de se souvenir d’un traumatisme. Certains souvenirs sont vifs, d’autres flous, certains sont émotionnellement chargés, d’autres plus neutres. La diversité des réactions est normale et ne doit pas être pathologisée.

« La mémoire traumatique est comme un puzzle dont certaines pièces peuvent manquer, d’autres être déformées, mais l’image d’ensemble reste souvent présente. L’important n’est pas de retrouver toutes les pièces, mais de donner un sens à l’ensemble. »

En conclusion, si l’idée du refoulement systématique des traumatismes est séduisante, elle ne correspond pas à la réalité clinique et scientifique. Mieux vaut aborder la mémoire traumatique avec humilité, nuance et respect de l’expérience unique de chaque personne.

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