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Cris dans la nature : la mode du “Somatic Screaming” est-elle vraiment efficace contre les traumas ?

Crier dans la nature pour guérir ses traumas : tendance ou vraie solution ? On fait le point.

Qu'est-ce que le Somatic Screaming ?

Vous avez sûrement vu passer ces vidéos : des gens rassemblés en pleine forêt ou au bord de l’océan, poussant des cris puissants, parfois en larmes. On appelle ça le Somatic Screaming (ou “cri somatique”). L’idée est simple : en hurlant, on libérerait d’un coup les émotions coincées dans le corps, notamment celles liées à un trauma. Certains influenceurs affirment même que cela suffit à “guérir” un syndrome de stress post-traumatique en seulement cinq minutes.

Sur le moment, c’est vrai : crier peut faire du bien. C’est ce qu’on appelle la catharsis, une notion ancienne qui désigne la libération émotionnelle. Quand on est submergé par la colère, la tristesse ou la peur, exprimer ces émotions de façon intense peut donner une sensation de soulagement immédiat. Mais attention : ce n’est pas parce qu’on se sent mieux après avoir crié que le trauma est traité en profondeur.

Que dit la science sur le cri comme thérapie ?

La recherche en psychologie distingue clairement la catharsis d’une véritable thérapie. Des études ont montré que si exprimer sa colère peut sembler libérateur, cela ne réduit pas l’agressivité sur le long terme, et peut même parfois l’augmenter en renforçant les schémas émotionnels. Pour le trauma, c’est encore plus complexe.

Le trouble de stress post-traumatique (TSPT) ne se résume pas à une émotion bloquée. Il implique des modifications durables dans le cerveau et le système nerveux, notamment au niveau de l’amygdale (centre de la peur) et de l’hippocampe (mémoire). Des thérapies validées comme l’EMDR (désensibilisation par mouvements oculaires) ou la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) agissent sur ces mécanismes profonds, ce qu’un simple cri ne peut pas faire.

Une revue de 2019 publiée dans Frontiers in Psychology rappelle que la catharsis peut offrir un soulagement temporaire, mais qu’elle ne remplace pas un travail thérapeutique structuré. Autrement dit, crier dans la nature, c’est un peu comme prendre un cachet d’aspirine pour une fracture : ça calme la douleur sur le moment, mais ça ne répare pas l’os.

Ce qu'on oublie souvent

Ce qui manque dans ces vidéos virales, c’est le contexte. Les participants sont souvent filmés après une séance de coaching ou de retraite, où ils ont déjà été préparés émotionnellement. Le cri n’est qu’un point culminant d’un processus plus large. Pour une personne seule chez elle, imiter ce geste peut être déstabilisant, voire raviver des souvenirs douloureux sans filet de sécurité.

De plus, la promesse d’une guérison en cinq minutes est trompeuse. Les vrais traumas mettent du temps à se résoudre. Réduire leur traitement à une performance sonore, c’est risquer de faire croire qu’on peut les régler rapidement, ce qui peut décourager de chercher une aide professionnelle adaptée.

La nuance : utile, mais pas suffisant

Alors, faut-il jeter le Somatic Screaming aux oubliettes ? Pas forcément. Exprimer une émotion forte de façon contrôlée peut être bénéfique, à condition d’être intégré dans un cadre thérapeutique global. Certains psychologues utilisent des techniques d’expression vocale ou corporelle pour aider leurs patients à se reconnecter à leurs sensations. Mais c’est un outil parmi d’autres, pas une solution miracle.

Si vous ressentez le besoin de crier, faites-le, mais sans attendre un miracle. Et si vous souffrez d’un trauma réel, consultez un professionnel de la santé mentale. Les vrais chemins de guérison existent, ils sont juste plus longs que cinq minutes.

À retenir

  • Crier peut soulager sur le moment, mais ne guérit pas un trauma.
  • Les troubles post-traumatiques nécessitent des thérapies validées (EMDR, TCC).
  • Les vidéos de Somatic Screaming simplifient à l’extrême un processus complexe.
  • Si vous êtes en souffrance, parlez-en à un professionnel.
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