Quand la masculinité se transmet par le sperme
Imaginez une société où, pour devenir un homme, un garçon doit absolument ingérer le sperme d’un aîné. C’est exactement ce qui se passe chez les Sambia et les Simbari, deux tribus de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Pour eux, le sperme n’est pas seulement un liquide biologique : c’est le concentré même de la force virile, un trésor qu’il faut accumuler pour devenir un guerrier accompli.
Ces relations épuisantes mentalement pour un Occidental ne sont ici qu’une étape obligatoire. Les jeunes garçons, dès l’âge de 7 à 10 ans, sont séparés de leur mère et initiés par les hommes du village. Pendant plusieurs années, ils pratiquent des fellations rituelles avec des adolescents plus âgés ou des adultes. Une fois qu’ils ont suffisamment accumulé de sperme, ils deviennent à leur tour donneurs, puis, après le mariage, ils adoptent une vie exclusivement hétérosexuelle.
Un rituel, pas une orientation sexuelle
Attention : pour les Sambia, ces pratiques n’ont rien à voir avec l’homosexualité telle que nous la concevons en Occident. C’est un passage, un peu comme notre service militaire ou les rites d’initiation dans certaines confréries. Une fois l’étape franchie, l’homme se tourne naturellement vers les femmes. La notion d’identité sexuelle n’existe tout simplement pas dans leur culture.
Cette coutume montre à quel point notre vision de la sexualité est culturelle. Ce qui nous paraît choquant ou contradictoire est, pour eux, une évidence. Comme le souligne l’anthropologue Gilbert Herdt, qui a étudié les Sambia dans les années 1970-80, le sperme est considéré comme une substance vitale qui doit être transmise de génération en génération, un peu comme le lait maternel chez nous.










